Le président tchadien invité de l’émission « Internationales » : Quand Idriss Deby bluffe !

Posté le 20 Avr 2013 - 1:38 Par La Rédaction

Le président tchadien Idriss Deby fut l’invité de l’émission dominicale  «  Internationales » coréalisée par trois organes français que sont  TV5 Monde, RFI et Le Monde, dimanche dernier. Au cours de laquelle, l’homme donne l’impression de maîtriser la conjoncture dans le pays et même au Sahel. Du moins à ceux qui ne connaissent pas les réalités tchadiennes.

Idriss Deby Interrogé dimanche 14 avril dans le cadre de l’émission « Internationales » (TV5 Monde, RFI et Le Monde) – Photo TV5

En clair, en mal de popularité dans son propre pays, le président tchadien multiplie une gesticulation médiatique avec une campagne de communication au niveau international. Ayant constaté que la soi-disant exclusive donnée au journal Notre Temps , la première dans les colonnes d’un journal tchadien, n’ayant pas eu d’échos satisfaisants, l’homme se retourne aux médias internationaux. Les faits sont là : dimanche 14 avril sur les ondes de RFI et  sur l’écran de TV5, puis mardi 16 avril un long article occupant six colonnes du quotidien de renom « Le Monde » avec comme titre : « Le président Idriss Deby veut faire du Tchad un acteur majeur en Afrique ». Dès ce mardi soir, des zélateurs du Palais Rose affichent une autosatisfaction en achetant plus d’une cinquantaine des exemplaires de « Le Monde »,  sûrement pour être distribués gratuitement auprès des cadres. Les fonctionnaires tchadiens, avec leur salaire ne peuvent pas se permettre d’acheter quotidiennement « Le Monde ».  Plus, l’émission n’a pas été tournée comme dans la majorité de cas, dans la capitale française, mais dans la capitale tchadienne – au palais présidentiel. Certes, ce n’est pas le régime qui avait  payé le voyage des journalistes et caméramans de Paris à N’Djamena, mais l’acte est loin d’être normal, voire non correct déontologiquement.

Est-ce d’ailleurs une coïncidence qu’il y a un mois auparavant, le « fameux » hebdomadaire « Jeune Afrique » publiait dans son numéro du 10 au 16 mars 2013 un « spécial sur Tchad » ! Intitulé « Tchad en première ligne » sur 32 pages, heureusement que JA fait savoir que c’est un « Le Plus de JA », signifiant en d’autres termes un publi-reportage, donc moyennant des sommes sonnantes et trébuchantes ! On va nous dire que ce reportage n’a pas été payé par Idriss Deby, mais Béchir Ben Yahmed ne va pas nous contredire que dans ce numéro, on compte … vingt pages de publicités payantes de sociétés de Tchad ! 

Qu’on le veuille ou non, Idriss Deby joue de la communication, une arme précieuse en politique qui est aussi… à double tranchante. Dans cette campagne, personne n’est dupe : le président du Tchad bluffe, et cela dès le début jusqu’à la fin. Idriss Deby peut bluffer les auditeurs de Rfi, les téléspectateurs de TV5 Monde ainsi que les lecteurs de Le Monde et Jeune Afrique des capitales européennes et grandes villes africaines ; même tout le monde, mais non pas les Tchadiens ainsi que les Africains de la région du Sahel !

Aveu d’impuissance

Quand le président tchadien « reste toujours présent, et actif dans plusieurs crises du continent » dont cette intervention des Forces armées tchadiennes (FATIM) au Mali, enregistrant une perte humaine d’une trentaine de soldats, ce n’est pas que M. Deby deviendra demain le nouvel homme fort de l’Afrique sahélo-saharienne !  Simplement, parce qu’il n’y a pas eu bonne gestion de l’intervention ! On ne dénonce pas l’intervention en tant qu’acte visant la paix dans la région;  « mais gouverner, c’est prévoir ».

Qu’en est-on actuellement ? Faute de moyens, Idriss Deby est dans la contrainte de retirer les FATIM du nord de Mali, et cela sur pression de l’Assemblée nationale trouvant le coût de 56 milliards de FCFA insupportable pour le Tchad. Encore une mise en scène, l’Assemblée Nationale n’est qu’une chambre d’enregistrement du parti au pouvoir MPS. Un retrait prévu depuis mardi dernier, qui fut reporté en raison d’une intervention personnelle de Pierre Buyoya, chef de la Mission Internationale de soutien au Mali (MISMA) qui promet de prendre le relais de tous ce qui est financement de vivres, équipements et allocations des forces tchadiennes !

Voila les FATIM « sauvées par le gong » de la part de l’ancien président burundais, et donc restées encore au Mali. Ce qui est contraire à une affirmation d’Idriss Deby lors de l’émission « Internationale », comme quoi « la guerre avec les djihadistes est terminée ! ». Alors que dans la même émission, il reconnaît lui-même que les djihadistes « viennent de partout … dans une zone assez vaste ».  Ce n’est plus de lapsus, mais une connaissance approximative du domaine. Loin d’être un atout pour Idriss Deby, avec l’élimination des FATIM d’Abdou Zeid et de Moukhtar Ben Moukthar, deux leaders djihadistes, cette intervention militaire reflète un aveu de son impuissance !

La disparition de 26 soldats tchadiens du 22 février dans le massif de Tighozar avait été même causée par un piège tendu. Du moins c’est le bilan officiel, mais en réalité c’était une vraie débâcle.

Ce qui est sûr, c’est que le déploiement des FATIM au Mali est une manière pour Idriss Deby de rattraper sa côte auprès de son homologue français, le socialiste François Hollande jaloux du respect des droits de l’homme qui n’a pas bien apprécié son absence lors du début de sommet de la Francophonie à Kinshasa. Car, n’étant pas membre de la MISMA, c’est le Tchad qui est le premier pays africain à se joindre aux Français le 26 janvier dernier, avec un contingent de 2.000 hommes.  Idriss Deby peut se réjouir de cette crise malienne pour redresser son image au niveau de la diplomatie, mais qu’il sache que la guerre contre le terrorisme n’est pas terminée ! A moins qu’il en est l’un des initiateurs sous silence…

Qui dit droit de l’homme au Tchad rappelle impérativement la disparition d’un politicien tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh, de tendance socialiste comme le président français. Enlevé par des militaires de la garde rapprochée présidentielle en février 2008, ce dirigeant socialiste du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement) n’est jamais réapparu; et insisté de donner de nouvelles sur cette disparition d’il y a cinq ans, Idriss Deby s’obstine à ne plus répondre. Supposant qu’il en a déjà beaucoup parlé : «  je ne reviendrai pas sur cette question ».  Un entêtement de « ne rien dire » qui mérite longue réflexion ! Ce qui dit mot consent, selon un adage d’un grand pays de l’Océan indien.

Le cas de Ibni O. Mahamat Saleh n’est pas un cas isolé. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Idriss Deby, il y a plus d’une vingtaine d’années, la liste des tchadiens harcelés, enlevés et disparus est longue, sans parler des opposants jetés au bagne de Koro Toro en toute impunité.

Méconnaissance économique

A des questions sur la gestion de l’argent du pétrole, le président tchadien réplique que le pétrole n’est pas une ressource importante pour le pays. « Nous ne sommes pas un grand pays pétrolier… Nous sommes un petit pays pétrolier » persiste t-il de répondre. Tous les économistes avancent néanmoins que la croissance économique du Tchad dépend en grande partie aux revenus pétroliers; d’ailleurs l’année dernière les cours élevés de l’or noir ont permis l’entrée de devises.

Idriss Deby se précipite d’arguer de l’existence d’un Collège de surveillance des Ressources pétrolières en évoquant la disponibilité au public des données en la matière. Mais les Tchadiens n’ont pas oublié que la critique de la gestion des revenus pétroliers a fait l’objet l’année dernière à une expulsion d’un prêtre étranger. Soit une menace pour des membres de la société civile, comme les syndicats et les ONG militant pour le respect des droits de l’homme. Au micro de RFI, ce dimanche,  Idriss Deby n’a fait que se lancer dans d’informations vagues sur ces revenus pétroliers.

Qui dit que les ressources pétrolières sont actuellement mieux gérées ? La population tchadienne se pose la question, et ce n’est pas un secret pour personne – sauf pour les journalistes étrangers qui ont interviewé Idriss dimanche 14 avril – que le pays est en pleine crise sociale. Y compris certains députés du parti du président qui ont évoqué lors du récent débat à l’Assemblée nationale, des problèmes de pénurie d’eau et d’électricité. Pas plus tard que le mois dernier,  l’Alliance – nous disons bien l’Alliance – des associations des défenseurs des droits humains a fait état de pénurie d’eau et d’électricité dans a ville de N’Djamena. Comment se fait –il qu’avec la manne pétrolière, la capitale tchadienne est dans un tel état ? Idriss Deby ne cache pas de faire N’Djamena, une vitrine de l’Afrique centrale. « Un rêve » dixit-il.  Sérieusement, car la population tchadienne aujourd’hui ne tire aucun profit de la manne pétrolière ! Que le président tchadien oublie que même disposant, ces dernières années, de croissance à deux chiffres, le taux de pauvreté du pays est flagrant !

D’après le PNUD, le Tchad se trouve à 183 ème sur les 187 pays du monde ! Plus inquiétante, est que la région de Doba, principale zone d’exploitation pétrolière fait figure parmi les zones les plus pauvres du pays.

La grogne sociale

La question sociale, sujet passé à la va -vite lors de l’émission « Internationales » préoccupe beaucoup les Tchadiens en ce moitié du mois d’avril 2013.  Et là Idriss Deby continue à bluffer l’opinion internationale. Dire que le salaire des fonctionnaires tchadiens a augmenté de 300 %, de 1990 à nos jours est… de la pure provocation !  Au-delà de cette provocation, il met son Premier ministre, Joseph Djimrangar Dadnadji nommé en janvier dernier dans une situation délicate. Ce dernier s’est en effet remué terre et ciel pour apaiser le mécontentement justifié des fonctionnaires dans la revendication de la hausse de leur salaires. En mettant en place une concertation, qui est attendu. Ils réclament bénéficier aussi, comme ceux du privé une augmentation de leur émoluments.

En clair, l’augmentation de 300 % balancée par Idriss est celle de la masse salariale globale, soit une manière d’esquiver le vrai problème. Car la dégradation du pouvoir d’achat d’un fonctionnaire tchadien n’est plus à présenter; et cela s’aggrave avec la multiplication des nouveaux riches parmi les proches du président, des dirigeants – ministres, parlementaires et conseillers du président. 

Le FMI a d’ailleurs souligné lors de sa mission à N’Djamena en septembre 2012, que seuls les progrès dans la discipline budgétaire et des réformes publiques pourront permettre au Tchad de stabiliser son cadre macroéconomique. La grogne pourra certainement reprendre avec de telle provocation d’Idriss, au niveau des fonctionnaires. Et ce n’est pas qu’il vient de nommer en février Bedoumra Kordjé, ancien vice-président de la BAD comme secrétaire général de la présidence, un planificateur qui va redresser la situation.

Le planning, les projets ; ces techniciens en ont mais tant que ces programmes ne résolvent pas les problèmes quotidiens du peuple, aucune avancée ne se pointe au Tchad. Idriss Deby ose dire reconnaître les soucis du peuple : «  la santé et l’éducation, puis nourrir la population ; et l’eau potable et l’électricité ». Pourtant, ce n’est que de verbiage ! Du bluff !

A ce rythme, Idriss Deby Itno peut comme auparavant utiliser l’arme de la communication internationale, mais quand elle se pare des atours d’une arme, celle-ci peut lui faire mal, et très mal. Ce n’est pas avec la boutade de la transparence des comptes pétroliers que les Tchadiens se rendent compte d’un véritable assainissement dans ministre de la Justice Abdoulaye Sabre Fadoul le monde des affaires et de la justice. L’opération anti corruption dénommée «  Cobra » existe, mais le peuple souhaite du palpable; par exemple que l’impliqué dans un détournement d’un milliard de FCFA ne soit inquiété, comme le directeur du cabinet adjoint de la Présidence qui avait exigé un autre milliard de FCFA tout de suite d’un directeur des banques locales, même si cette personnalité est le fils de M. Deby et sans oublier les autres proches du président. 

Dans cette ambiance, Idriss Deby continue de laisser la corruption envahir son entourage. « La corruption, est d’après lui, un aspect global et mondial ». Un aveu ! Jusqu’à ce jour, il n’est pas en mesure de mettre en place un véritable Etat et ne réussit pas encore à réconcilier tous les Tchadiens. Le constat est amer : un régime à bout de souffle et un Etat en pleine déconfiture.

Aux citoyens Tchadiens de rebondir, de reprendre encore une fois conscience, et de redoubler d’efforts et solidarité pour déloger un président incapable et bluffeur !

 

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4 Commentaires N'hésitez pas à rejoindre cette conversation.

  1. Idais 22 avril 2013 à 19 h 54 min - Reply

    Voilà un bon article résumant la stratégie d’un despote  » éclairé » qui s’appelle Idriss Deby. Ce qui m’inquiète, c’est l’attentisme des acteurs politiques de l’opposition. Pourquoi le MACT ne se mobilise beaucoup pour dynamiser la solidarité anti-Deby ? Le président Deby n’a plus de peuple avec lui. Tout ce qu’il annonce aux médias étrangers ne sont que des mensonges ! C’est un grand menteur…

  2. Abdarhamane Moussa 27 avril 2013 à 11 h 58 min - Reply

    à mon vue il et bien parlé mais???????????????

  3. Tchadien Toumai 16 juillet 2013 à 15 h 09 min - Reply

    J’apprécie la teneur de cet article. C’en est de trop, après 23 ans de règne, ça suffit. Deby doit dégager et libérer le Tchad pris en otage par lui et les siens dès lors. la corruption, l’impunité sont entretenus par le régime pour permettre à son clan de s’approprier les pétrodollars devant booster l’économie du Tchad.
    Pour faire du Tchad un pays normal, Deby doit dégager!!!

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