Uhuru Kenyatta à Londres : Une diplomatie à géométrie variable

Posté le 9 Mai 2013 - 11:14 Par La Rédaction

Tous ceux qui pensaient que le nouveau président kenyan, Uhuru Kenyatta, allait vivre reclus dans son pays parce qu’étant dans le collimateur de la Cour pénale internationale (CPI), peuvent désormais se détromper.

Uhuru Kenyatta, Le président kényan le 9 avril 2013 à Londres – Simon Maina/AFP

L’homme a visiblement la bride sur le cou. Car, pas plus tard qu’hier, 7 mai 2013, il était en Grande Bretagne où il a pris part à une conférence sur la Somalie, laquelle conférence a porté essentiellement sur la reconstruction des forces de sécurité, le développement d’une justice et d’une police ainsi que d’un système de contrôle des finances pour lutter contre la corruption. En un mot, il s’agissait d’une rencontre devant permettre de poser les jalons pour la reconstruction de la Somalie. Et cela, il faut le dire, il était difficile que le Kenya qui compte près de 5000 hommes en terre somalienne ne soit pas représenté à ce cénacle. Ce qui donc justifie, aux yeux de Londres, la présence du président Uhuru Kenyatta, quoique poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité.

En tout cas, le moins que l’on puisse dire c’est que Uhuru Kenyatta n’en demandait pas plus puisqu’il a trouvé une occasion pour légitimer son pouvoir. Et fort embarrassés, ses hôtes n’ont trouvé mieux à faire qu’à ruser avec la loi, arguant du fait qu’il n’est jusque-là qu’un inculpé contre lequel aucun mandat d’arrêt n’a été délivré. Soit ! Combien de chefs d’Etat africains ont été mis au ban de la communauté internationale parce qu’accusés de graves violations de droits de l’Homme ? On ne parlera pas ici du cas du président soudanais, Omar El Béchir qui, depuis quelques années, est contraint de choisir ses destinations. Conscient qu’il est traqué comme un fauve dangereux, il s’est fait une sagesse qui consiste à ne même plus survoler certains espaces aériens. L’homme mène une vie d’ermite, pour ainsi dire, au risque de se faire un jour alpaguer comme un galapiat.

Mais le cas le plus édifiant est celui du président zimbabwéen, Robert Mugabe, que les Occidentaux n’ont de cesse de vouer aux gémonies. Si fait qu’aucun dirigeant européen ne voudrait même lui serrer la main à plus forte raison lui dérouler un tapis rouge comme ce fut le cas avec Uhuru Kenyatta. Pourtant, Mugabe, pour autant qu’on le sache, n’est ni inculpé ni ne fait l’objet d’un mandat d’arrêt international de la CPI. On se rappelle aussi que pour avoir été accusé de graves violations de droits humains dans son pays, le président congolais, Joseph Kabila, a failli se voir retirer l’organisation du dernier sommet de la Francophonie pour la simple raison que certains dirigeants européens ne voulaient pas d’un hôte indésirable.

A dire vrai, les Occidentaux font du deux poids deux mesures. Ils ont une diplomatie à géométrie variable qui obéit à la loi des intérêts. Et les voilà pris à leur propre piège, s’efforçant de fabriquer des arguments pour ne pas perdre la face. C’eût été un autre chef d’Etat, ils auraient trouvé des arguments pour l’envoyer bouler. Mais avec Uhuru Kenyatta, c’est une autre gymnastique. Au fait, on sait bien qu’au-delà de toute considération, le Kenya est l’allié le plus important de Londres en Afrique orientale. Alors, rien d’étonnant à ces contorsions politico-juridiques !

Boundi OUOBA

Source : Le Pays

 

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