Le Tchad, jusqu’à nouvel ordre, transformé en une prison géante : Interdiction générale d’en sortir.

Posté le 13 Mai 2013 - 11:53 Par La Rédaction

La psychose est désormais totale au Tchad : A la suite de l’annonce brûlante d’une « conspiration » à dormir debout sortie d’on ne sait quel chapeau, le pouvoir d’Idriss Deby voit rouge et regarde toutes les personnalités et hommes politiques de travers. Conséquence, sortir du Tchad, ne fût-ce que pour aller faire un tour dans la ville camerounaise de Kousseri située juste en face, est carrément assimilé à une évasion. Ou à une tentative de fuite !

@AFP/Archives Issouf Sanogo
Des militaires de la garde présidentielle passent devant l’Assemblée nationale à N’Djamena.

Entre le jeudi 9 et dimanche 12 mai dernier, trois députés de l’Assemblée nationale Tchadienne on tenté, chacun à son tour, de traverser les fleuves Logone et Chari, comme le font dans les deux sens des milliers de tchadiens chaque jour depuis toujours. Malheureusement ils se sont vus priés de faire demi tour et de regagner illico leurs domiciles à N’Djamena.
Le comble étant qu’ils étaient à bord de leurs véhicules de fonction. L’un de ceux-ci a tenté de refaire l’expérience à bord de son véhicule personnel quelques heures plus tard. Sans plus de succès.
Il est donc clair que la police politique est à la manœuvre, et a l’œil sur tous les tchadiens. Autant dire que les choses sont au plus dans ce pays où le potentat Idriss Deby Itno, convaincu d’être l’héritier putatif de Kadhafi, pulvérise tous les records de mégalomanie ces derniers temps.
Il faut croire que ses actions d’interventionnismes militaires exécutés tour à tour en Centrafrique  et au Mali lui ont définitivement donné la grosse tête, et lui font désormais croire qu’il pourrait se permettre toutes les lubies.
Tirant une fierté surdimensionnée des exploits de son Armée dans la traque des djihadistes au nord du Mali, le despote tchadien a décidé de traumatiser durablement la classe politique tchadienne en procédant à des arrestations en vrac d’hommes politiques, de militaires et surtout des journalistes les plus virulents à l’égard de son régime.
Enorgueilli par les satisfécits incessants des puissances occidentales quant à l’efficacité des troupes tchadiennes, le Président Sultan tchadien n’a pas trouvé mieux que d’inventer un « complot » et de faire arrêter des personnalités à la pelle, sans qu’il soit établi le moindre lien entre elles.
Le communiqué officiel avait parlé de « tentative de coup d’État », mais encore plus fumeux, Idriss Deby a tranché pour une « conspiration », avant de parler « d’été tchadien ».
Il faudrait donc savoir !
Mais pour justifier l’opération d’épuration actuellement en marche au Tchad, Idriss Deby joue de la mauvaise foi et du cynisme le plus abject, invoquant l’indépendance de la justice. Un pouvoir judiciaire qui n’a pas cru devoir respecter le principe de la séparation des pouvoirs en violant tranquillement la loi quant il s’est agi d’arrêter et d’incarcérer des députés en fonction sans avoir, au préalable, levé leur immunité par les voies prévues par la loi.
Le constat est donc là, aussi triste qu’angoissant : le Tchad vit, à l’heure qu’il est sous la coupe réglée des éléments des « services de défense et de sécurité » qui n’attendent que le moindre ordre pour arrêter et embastiller à volonté.
Et pour la simple raison que l’intervention des militaires tchadiens au Mali a rendu Idriss Deby un peu plus fréquentable du côté de l’Elysée, il semble ne rien redouter. Ni les admonestations des organisations des droits de l’homme, ni les récriminations de la communauté internationale qui tremble à la seule idée que le président va-t-en guerre ne retire ses troupes des montagnes dans l’Adrar des Ifoghas au nord du Mali.
Et, comble du cynisme, au moment où tous les tchadiens sont tenus en joue par la peur des arrestations illégales, Deby organise une démonstration de force en ramenant au Tchad près de 700 militaires qu’il s’est empressé de décorer sur la place de la Nation ce lundi 13 mai, histoire de faire un peu plus peur en exhibant ses « vaillants » militaires. Il montre ses muscles en somme !
Mais il les exhibe davantage à l’attention de ceux qui seraient tentés de passer à l’action en ce moment où les esprits sont particulièrement chauffés à vif au Tchad.
Le Tchad une prison géante ? Malheureusement oui, surtout que, en guise de renfort des matons, le dictateur vient de ramener au pays, des militaires dont les futures missions sont connues. En principe, un militaire a pour principale mission à servir son pays, protéger le peuple et non sauver un régime dictatorial à bout de souffle. À méditer.
 
La Rédaction
(Lundi 13 mai 2013)
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