Droits de l’homme au Tchad : Combien de temps François Hollande continuera-t-il de faire la sourde oreille ?

Posté le 16 Mai 2013 - 5:08 Par La Rédaction
A propos de l’arrestation des élus, défenseurs de droits de l’homme et journalistes tchadiens prétendument impliqués dans un non moins hypothétique coup d’État avorté en ce début de ce mois de mai 2013, tout le monde en parle, et chacun de son côté perçoit cet état de chose à sa façon.

Hollande, le 9 octobre 2012 Photo – lacroix.com

Interrogé par un journaliste, au cours de la conférence de presse organisée lors de la visite de son homologue nigérien Mahamadou Issoufou le 10 mai 2012 au Palais de l’Elysée, le président français François Hollande a donné une réponse fuyante.
Rappelons ici une séquence de cette conférence donnée vendredi dernier.
– Question : « … Certains disent que le président Deby a aujourd’hui carte blanche, après son implication au Mali, pour mener ces arrestations (ndlr : les arrestations au Tchad). Quelle est, aujourd’hui, la lecture que vous en faites ? »
– Réponse de François Hollande : « Le Tchad a joué un rôle important dans l’intervention au Mali et je l’ai plusieurs fois salué. Mais, pour autant, les règles que nous posons, les principes qui sont les nôtres, doivent être respectés partout, y compris au Tchad. Voilà ce que je peux vous dire. Merci ».
Une répartie à tout le moins vague pour un président socialiste qui s’est toujours targué de défendre le concept des droits de l’homme, et malheureusement à cette période où sa côte de popularité rase les pâquerettes, un an après son accession au pouvoir.
A tel point que le quotidien français « Le Monde » n’a pu s’empêcher de titrer dans son édition du samedi 11 mai 2013 « Arrestations au Tchad : le silence regrettable de Paris ».
Dans cet article absolument vif, l’éditorialiste a rappelé que les principes évoqués par François Hollande que sont la liberté de la presse et le respect de l’État de droit sont absolument bafoués au Tchad. Et « Le Monde » de conclure que l’indulgence française n’est rien moins qu’une erreur : « La France doit dénoncer les détentions arbitraires et l’attitude d’Idriss Deby, qui apparaît de plus en plus comme un président autoritaire, s’appuyant sur un clan et un système de corruption. Le silence est un début de complicité ».
Heureusement que « Le Monde » est un journal international ayant pignon sur rue à Paris, car si un périodique tchadien avait présenté un tel constat, une pressante convocation aurait été envoyée, par le Parquet ou la Police, au responsable du journal, en prélude à une enquête. Après quoi un « mandat de dépôt » aurait été décerné à l’auteur de l’article ou au directeur de publication – en attendant le procès pour diffamation, propagation de fausses nouvelles, ou carrément pour …  atteinte à l’ordre constitutionnel !
 Surtout qu’au-delà de cet éditorial, deux autres articles sur le Tchad avaient été commis en page 4 de la même édition. Le premier traitant « des inquiétudes après une vague d’arrestations à N’Djamena », le second étant un reportage réalisé par un reporter descendu sur le terrain.
Dans ce dernier, l’envoyée spéciale du journal  « Le Monde » explique qu’au Tchad, la répartition de la manne pétrolière suscite un mécontentement généralisé: « Dix ans après le début de l’exploitation du pétrole, le Tchad reste coincé au dernier rang des classements mondiaux sur le développement humain : 184 sur 187 Etats. (…) Le manque de retombées pour la population est criant et alimente un mécontentement social devenu un défi majeur pour le président Idriss Deby ».
Il est clair que l’intervention des troupes françaises, dès le 11 janvier 2013, à la rescousse des autorités maliennes a évité à ce pays de plonger dans un chaos qui apparaissait inéluctable, de même quelle aura mis un frein à l’activisme et aux actions des terroristes dans la région du Sahel.
Ce qui avait permis au président François Hollande de voir sa côte de popularité de prendre de la hauteur. De même la prompte réaction de mobilisation des armées tchadiennes au Mali par le président Idriss Deby avait rencontré l’adhésion de toute la communauté africaine, y compris les opposants au régime de N’Djamena.
Mais si à ce jour, François Hollande tolère – pour des raisons à tout le moins incompréhensibles –   les lubies, entorses au respect des droits de l’homme, et autres dérives autocratiques perpétrés par Idriss Deby dans son pays, il se rend de facto coupable du dépassement de la ligne jaune… 
Le plus gros risque de cette situation sera de voir la France pointée de doigt et regardée de travers; de même,  sa promesse ayant sous-tendu sa propagande lors de la dernière élection présidentielle française, de mettre un terme à la Françafrique se trouverait tout simplement remise sous le boisseau !
 
Il en est de même du concept de rupture que François Hollande avait prétendu intégrer au premier chef dans la nouvelle relation de la France avec l’Afrique. « La Francophonie doit porter la démocratie, les droits de l’homme, le respect de la liberté d’expression, l’affirmation que tout être humain doit pouvoir choisir ses dirigeants » avait-il martelé en octobre 2012,  lors de son premier déplacement en Afrique, au cours du 14ème sommet de la Francophonie de Kinshasa.
Lors de la cérémonie d’ouverture de ce sommet dans la capitale congolaise, l’absence du président tchadien avait été fortement remarquée.
L’homme n’avait pas cru bon de venir, sachant très bien qu’il se ferait admonester par le nouveau président français au sujet de la piètre situation des droits de l’homme au Tchad.
Ayant à l’esprit que le Parti Socialiste français n’avait cessé de réclamer que la vérité soit faite à propos de la disparition de l’opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh enlevé par des militaires de la garde présidentielle le 3 février 2008, Idriss Deby savait qu’il se serait trouvé particulièrement mal à l’aise en présence du nouveau locataire de l’Élysée.
Cerise sur le gâteau, Guy Albertit, ancien « Monsieur Afrique » du PS avait, dans la même époque, commis un ouvrage au vitriol intitulé : «  Ibni, une vie politique assassinée ? ».
Il n’est un secret pour personne que c’est de beaucoup grâce à de multiples interventions du président camerounais Paul Biya, que son homologue français François Hollande aura rongé son frein face au président tchadien. Ce qui avait  abouti à la visite de M. Deby à l’Elysée en novembre 2012. Tout le monde connaît qui est M. Biya : un président au pouvoir depuis trente ans se croyant être un « inamovible », et dont la gouvernance démocratique laisse à désirer.
 
Au-delà donc des actuels atermoiements de la politique africaine de l’Élysée, les prochains actes de François Hollande seront scrutés, suivis de très près et jugés par la classe politique africaine.
Osera-t-il par exemple, souscrire et appuyer le caprice d’Idriss Deby consistant à réclamer le commandement de la Mission spéciale des Nations Unies au Mali (Minusma) ? Combien de temps restera-t-il encore silencieux (un silence complice) au regard des arrestations arbitraires qui se déroulent depuis une dizaine de jours à N’Djamena ?
C’est vrai que l’intervention tchadienne demeure nécessaire à la réussite de l’opération « Serval » au Nord de Mali, mais que la France sache que l’environnement démocratique au Tchad ne doit en aucun cas être passée au registre des pertes et profits au bénéfice de la guerre contre les djihadistes au nord Mali!
Laurent Fabius et François Hollande oseront-ils masquer encore plus longtemps les actuelles forfaitures du despote tchadien au nom d’intérêts français absolument opposés à ceux de plus de 11 millions de personnes composant tout un pays sous le joug d’Idriss Deby ? Un Idriss Deby qui conserve le pouvoir à N’Djamena par la force, l’assassinat, le déni du Droit, et l’asservissement collectif de pauvres citoyens ployant sous le carcan d’un pouvoir tribal et prédateur.
Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, il vient de se faire réélire pour un quatrième mandat en 2011 avec un score soviétique, sans la participation de l’opposition. Le rapport annuel pour 2012, d’Amnesty International et de Reporters Sans Frontières, respectivement sur les droits de l’homme et la liberté de la presse, qualifie le régime d’Idriss Deby, d’être loin d’un modèle pour les droits humains.
Pour mémoire, en septembre 2008 le rapport de la commission d’enquête, mise sur pied par les autorités tchadiennes, sur les évènements de février 2008 – composée entre autres d’observations internationaux et d’organisations indépendantes de la société civile – avait souligné que : « l’armée tchadienne s’est rendue responsable (…) de l’utilisation disproportionnée et indiscriminée de la force (…) en violation du droit international humanitaire, dans des sites non militaires et parmi les populations civiles ». La responsabilité de l’État sous la direction du président Idriss Deby avait bel et bien été retenue par la Commission dans la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh.
Ce dernier n’est en tout cas pas le seul homme politique « disparu brusquement » en vingt trois ans de dictature Idriss Deby. Il y en a beaucoup, et la liste est longue pour énumérer les « assassinats », ainsi que les centaines d’autres qui croupissent dans le bagne – construit en plein désert au milieu de nulle part – de Koro Toro ou à la prison d’Amsinénè.
Et la grande question qui s’impose, après un tel rappel est de savoir si, avec ce qui se passe actuellement au Tchad le président François Hollande a-t-il le droit de continuer à faire la sourde oreille.
 Une bonne partie de l’opinion de l’intelligentsia africaine persiste à croire que le président socialiste, malgré ses difficultés, n’osera pas franchir le Rubicon en s’obstinant d’accorder une présomption de bonne foi, d’honnêteté et de correction politique à un chef de guerre et non moins ancien chef rebelle dénommé Idriss Deby !
 
François Hollande a-t-il encore ces nobles postulats à l’esprit ? Difficile d’y croire au regard de l’assourdissant silence dont il fait preuve vis-à-vis de l’indicible drame qui traumatise le Tchad tout entier à l’heure qu’il est.
 
La Rédaction
(13 Mai 2013)
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3 Commentaires sur "Droits de l’homme au Tchad : Combien de temps François Hollande continuera-t-il de faire la sourde oreille ?"

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nganyanu mwara kennedy
Invité

mais pourquoi y a t-il droits de l’homme au tchad mais au Congo Kinshasa pas
Si je dite que en RDC y a pas se parceque y a toujour les masacré au Goma si que y a veux le Droits de l’homme en Afrique mais jamen on peut massacré les inosente et jamais Moamar Ghadafi aurai pas mort de tel façon
Quand ta moi je veux que mon peys Kinshasa rétrouve la paix plus question du M23

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francky sosta
Invité

Vous accordez trop d’importance à ces pauvres français et leur président. La que des droits de l’Homme est une question que les Tchadiens doivent chercher à résoudre eux mêmes. Les Français défendent leurs intérêts.
FRANCKY SOSTA

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