Centrafrique : François Bozizé en veut à Idriss Deby

Posté le 20 Août 2013 - 6:59 Par La Rédaction

Face au désordre et multiplication des exactions en République Centrafrique (RCA), le président déchu François Bozizé sorte de son mutisme et s’attaque au président tchadien Idriss Deby.

Centrafrique : François Bozizé en veut à Idriss Deby
source photo/tchadonline.com

Près de six mois après sa prise de pouvoir par les armes – le 24 mars 2013- Michel Djotodia, président de la Transition de la RCA n’est pas en effet en mesure de restaurer l’ordre,  malgré la présence d’une force multinationale.  L’homme a prêté serment ce dimanche 18 août, alors que la semaine passée,  Ban Ki-moon secrétaire général de l’ONU vient de presser la communauté internationale sur les mesures à prendre « devant l’absence totale d’Etat de droit dans le pays », dont l’adoption de sanctions pour qu’il n’y ait pas d’impunité pour les violations flagrantes de droits de l’homme.

Devant le conseil de sécurité, le général sénégalais Babacar Gaye nouveau Représentant du SG de l’ONU en RCA s’est déclaré que même si des progrès ont été accomplis sur le plan politique, « la situation générale dans le pays est très volatile et imprévisible » en regrettant que la sécurité ne fasse pas partie de la priorité des dirigeants de la Transition. Le Haut commissariat pour les Réfugies (HCR) qualifie de l’existence d’anarchie en RCA, en avançant 206.000 de déplacés internes et de quelques 62.000 centrafricains ayant fui vers les pays voisins. L’OMS et l’UNICEF n’hésitent pas à signaler la résurgence des maladies auprès des enfants et femmes.

L’avertissement de Ban Ki-moon pour mettre fin à l’anarchie et au chaos à Bangui et dans les provinces gêne les dirigeants de la Transition. Lors de l’anniversaire de l’indépendance de RCA, le ministre de la Communication et de la Réconciliation nationale, Christophe Gazambeti conteste  le rapport des Nations-Unies et se défend  – vaguement – que le gouvernement se bataille pour un changement qualitatif. Se campant sur des actes isolés et des gens non issus de la Séléka, il sous entend un retard du financement des bailleurs de fonds.  Réplique frontale d’un diplomate résidant à Bangui : « Gouverner, c’est prévoir. Comment ces rebelles n’ont-ils pas pensé à instaurer l’ordre, une fois arrivés au pouvoir ? La communauté internationale appuie la RCA, mais leurs financements seront conditionnés à une réinstauration de la sécurité ! ».

 Pétition pour le départ des militaires Tchadiens

Et à Bangui et en province, les témoignages des exactions commises par des éléments de Séléka continuent d’affluer : en moyenne une centaine de meurtre par mois sans oublier des incendies, braquages, racket et viols. Bref, des crimes en toute impunité. Les organisations des droits de l’homme comme la FIDH en sont avisées.

Les rebelles pillent sans distinction. Le domicile d’un membre du gouvernement de la Transition (oui !) a failli été vandalisé sans une intervention téléphonique d’un autre ministre parlant arabe !  Puisque les rebelles ne comprennent que l’arabe. Plus d’un constatent que Michel Djotodia ait les mains et les pieds liés. Il ne peut mieux faire, entouré d’une coalition hétéroclite composée de différents groupes armés aussi voraces les uns que les autres.

Une plateforme de la société civile locale hausse le ton. Selon Me Edith Douzima et Gervais Lakosso, « la société civile ne peut pas tolérer de telles dérives et note une démission des formations politiques par de simples déclarations ». Ainsi, ils ont pris une initiative de pétition soumise à signature auprès de la population, demandant le retrait des troupes tchadiennes de la FOMAC. Car selon «  il est connu de tous que ce sont les éléments tchadiens au sein de la FOMAC qui font double jeu et cela n’est pas du genre à favoriser la paix ». Une initiative opposée par le président de la Transition mais déjà lancée « pour le bien de la population » et enregistre déjà le 10 août 2013, quelques 23.000 signataires à Bangui. Cette exigence confirme l’appui que notre pays – le Tchad – et le président Idriss Deby en personne accorde aux rebelles Séléka de Michel Djotidia en défaveur de l’ancien président François Bozizé. Ce que ce dernier vient d’annoncer à cor et à cri durant la première semaine de ce mois d’août.

Sorti de sa tanière, il s’est beaucoup gesticulé pour intervenir sur les médias français les plus francophones dont Radio France Internationale (RFI) et le mensuel Jeune Afrique, annonçant une nouvelle entité. Baptisée Front pour le Retour de l’Ordre Constitutionnel en Centrafrique, le FROCCA est une structure  contre le régime de Transition et ouverte  « à tous ceux qui veulent sauver la RCA ».

Ecarté, délaissé par ses pairs et oublié par bon nombre de ses anciens proches, ce fut François Bozizé presque seul – accompagné par ses deux fils – qui a fait le déplacement au 57 bis, rue d’Auteuil Paris 16 chez Jeune Afrique, le 7 août dernier. L’occasion s’est présentée pour lui de reconnaître en public la trahison de son ancien ami, le président tchadien Idriss Deby.  « Je me demande encore pourquoi Deby Itno a joué contre moi, sauf à croire que son objectif ait été de vassaliser la Centrafrique. Lui et quelques autres m’ont pris (…) pour un homme têtu qui n’écoute aucun conseil. Le problème est qu’en me déstabilisant ils ont joué avec le feu. L’anarchie qui règne aujourd’hui dans mon pays et son islamisation rampante en font une bombe à retardement qui les menace tous » dixit François Bozizé au sujet de celui qui l’avait aidé à prendre le pouvoir, il y a dix années passés.

 Méconnaître Deby

 A une question de la journaliste de RFI Ghislaine Dupont, pourquoi Deby l’a lâché, il répond : « J’aurais voulu que vous lui posiez la question pour que je puisse mieux comprendre (…) Je ne crois pas avoir de problème avec le Tchad et le président Deby. J’ai été surpris de voir que ce sont les forces de son pays qui sont venues parachever l’action des rebelles ». A travers ces deux réponses, force est de comprendre que François Bozizé a perdu la raison, en un moment fort de la crise. Il a été trop berné par Idriss Deby, dépassant à une simple naïveté, comme il entend expliquer.

La principale erreur de François Bozizé – ce qui l’a coûté cher – c’est de méconnaitre Idriss Deby. Dès les négociations de Libreville de janvier 2013, le président (de l’époque) centrafricain n’a pas cru à une volte face de son homologue tchadien. C’est au moment que Deby a proposé le nom de Michel Djodotia son principal adversaire, pour être ministre de la Défense d’un gouvernement de l’Union nationale que François Bozizé sentait que ses relations se dégradent. Depuis, il sait que son « ami » Deby ne l’est plus. Trop tard !

Même si Hassan Sylla, porte parole du gouvernement tchadien rejetait l’implication des Tchadiens dans le départ de Bozizé sur RFI, personne n’est dupe. Le Tchad à leur tête Idriss Deby a soutenu la prise du pouvoir de Michel Djotodia en RCA.

Ce que François Bozizé n’a pas su, c’est qu’Idriss Deby agit toujours par ruse et sans état d’âmes. Son itinéraire reflète des preuves de mauvaise foi, son goût pour la violence, son penchant pour la division et surtout son attachement à l’assassinat des opposants. L’emprisonnement des journalistes Eric Topona et Moussay De la Tchiré  et la levée de l’immunité parlementaire du député de l’opposition Saleh Kebzabo, suite à une « conspiration d’un coup d’état » du 1er mai en sont des preuves récentes.

Sur le plan régional et international, Idriss Deby promet toujours la paix, mais il applique le contraire chez lui. Au fond de lui, il n’est pas ni démocrate, ni républicain. Son objectif, est de diriger seul et rester à tout prix au pouvoir. Et tous les moyens, même les plus diaboliques et sanguinaires sont bons !

C’est bien dommage pour François Bozizé. Mais que le président actuel de Transition de RCA Michel Djotodia tire également leçons du passé.

A Djotodia de réfléchir sur les aboutissants de la suspension de la RCA du processus de Kimberley (garantie de traçabilité des diamants) en mai 2013. Car depuis, le diamant centrafricain prend exclusivement le chemin du Tchad.

Pour conclure citons un large extrait d’une réaction de Denise Yakazangba, une centrafricaine face à des propos ridiculisant la RCA du ministre de la Communication et porte parole du Tchad Hassan Sylla Bakari rapportée dans Le Journalduchad.com. Ce qui donne une perception parmi tant d’autres d’Idriss Deby en Centrafrique.  « La RCA n’a jamais formé une rébellion si ce n’est pas votre président Idriss Deby qui a commencé avec cette idée diabolique en formant des mercenaires pour chasser son prédécesseur Hissen Habre et par la suite donner à Bozize ce criminel de Noureldine afin de l’aider à chasser Patasse, puis aujourd’hui il continue d’utiliser ces engins de guerre contre le peuple centrafricain avec bien sûr l’avènement des hordes de la Seleka que nous connaissons tous. C’est justement, votre Président Idriss Deby qui est la cause de notre malheur et celui-ci doit des explications au peuple centrafricain tôt ou tard. Retenez une bonne fois pour toute que la RCA ne sera jamais une province du Tchad comme vous et votre Président le prétendez ».

En bonne observatrice des évènements de la sous région, la dame n’hésite à avancer : «  D’ailleurs votre Président (ndlr : Idriss Deby) représente un très grand danger pour l’Afrique en général et la sous-région en particulier; c’est ce que les autres Chefs de l’Etat ignorent encore. Ils doivent savoir que votre Deby est prêt et capable de faire un coup à chacun d’entre eux; d’où la nécessité de doubler de vigilance sur le peuple tchadien en général et votre Président Deby en particulier (…) »

 M. Abdelhakim

À propos de l'auteur

3 Commentaires N'hésitez pas à rejoindre cette conversation.

  1. Albert Ayasoum 21 août 2013 à 0 h 55 min - Reply

    Halte à la mercenariat en Centrafrique !
    Il nous semble que les dirigeants français fermaient les yeux sur ce qui se passait depuis quelques années en République Centrafricaine.
    On dirait qu’ils ont donné un feu vert à Idriss Déby Itno de faire et de défaire des régimes à son image en Centrafrique.
    Récemment, un cadre de la Centrafricaine en Europe disait que « Le prédisent Tchadien Idriss Déby Itno créait continuellement une situation de déstabilisation en Centrafrique, c’est pour bloquer l’exploitation du pétrole Centrafricain ».
    Le Tchad et le Centrafrique était lié pour l’histoire, la majorité écrasante des Tchadiens ne veulent pas cette situation d’ingérence dans les affaires intérieures par le régime de la mercenariat d’Idriss Déby Itno.
    Le peuple Tchadien souhaite vivre en paix comme dans le passé avec ses voisins, les hommes a la tête de nos pays passent mais nos pays et nos peuples restent.
    Vive le Tchad et la Centrafrique
    Abat les dictateurs !

  2. Juliette Bety 21 août 2013 à 23 h 31 min - Reply

    Peuples du monde libre, venez aux secours du peuple Tchadien et Centrafricain pris en otage par le système mercenariat de d’Idriss Déby Itno.
    Regardez comment Idriss Déby et ses hommes de celeka ont crée une situation d’insécurité chaotique pour bien piller le peuple centrafricain.
    Idriss Déby pille de deux côtes les ressources nationales Tchadiennes et Centrafricaines.
    Trop ! C’est trop ! Stop ! Vingt-trois ans des stratégies politiques louches et magouillées ont permis à Idriss Déby de rester au pouvoir, mais aujourd’hui le monde entier a compris franchement qu’il est un mal pour le Tchad et ses voisins.

  3. Golmayo Adamou 25 août 2013 à 0 h 20 min - Reply

    Vraiment, il est regrettable que la France pays de droit installe, maintient et soutien des régimes pourris à la place des filles et des fils des vaillants peuples du Tchad et de la Centrafrique qui avaient répondu par un grand OUI a l’appel du Général de GAULLE (LAEF).
    Est-ce que la Centrafrique et le Tchad méritent cette situation qui leur est imposée par un homme sans foi ni loi qui s’appelle Idriss Déby Itno ?
    Aidez-nous a chasser de notre vue ce monstre caméléon à plusieurs tête du Tchad et de la Centrafrique.

Réagir à cet article