Tchad : Eric Topona et Jean Laokolé libérés, mais …

Posté le 23 Août 2013 - 3:34 Par La Rédaction
Le journaliste Eric Topona, secrétaire général de l’Union des Journalistes Tchadiens (UJT) et le blogueur Jean Etienne Laokolé, détenus à Amsinéné depuis plus de 100 jours, et accusés de complot contre le régime Idriss Deby ont comparu devant le tribunal de première instance de N’Djamena lundi 19 août dernier. Après plus d’une heure, le verdict tomba infligeant une peine de trois ans d’emprisonnement avec sursis aux deux professionnels de l’information.

Eric Topona et Moussaye Avenir de la Tchiré. Crédits photo : Sources

Ainsi, ils sont « libérés » de la prison et retrouvent enfin leurs familles. Au nom de la solidarité journalistique et pour le respect de la liberté de presse, nous saluons cette décision de justice. Bien qu’elle est loin de la bonne. Raison pour laquelle beaucoup de collègues et militants des droits de l’homme dans la capitale tchadienne n’ont pas crié victoire à l’issue de ce procès. Eric Topona et Jean Laokolé sont certes libres, mais la liberté d’opinion n’est pas encore une réalité au Tchad.
Il est vrai qu’au cours de l’instruction, les inculpations de crimes contre ces journalistes ont été requalifiées de simples délits. Ils ont été poursuivis à la barre pour « diffamation et tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel non aboutie », et on leur a attaqué à cause des échanges de mails avec un blogueur à l’extérieur de Tchad en vue d’un soulèvement populaire. Ce qu’ils ont nié. Eric Topona a annoncé à la barre avoir sa boite e-mail piraté et a porté plainte contre violation du secret de la correspondance. Qui ont en fait piraté les e-mails d’Eric Topona, présenté comme charges devant la Justice ?
Faut-il rappeler qu’Eric Topona a été arrêté après la fameuse « conspiration présumée de coup d’Etat » du 1er mai 2013, au même temps que quelques députés de l’opposition. Quelques temps après, c’était au tour du journaliste Moussaye Avenir de la Tchiré (directeur du journal privé Abba Garda)  et l’expulsion de Dakar du blogueur tchadien Makaïla Nguebla.  Alors que près de quatre mois après, rien de clair ne se pointe sur complot contre le régime en place ! Pire, le régime est en train de tout faire pour lever l’immunité parlementaire de Saleh Kebzabo, député de l’opposition désigné pour être impliqué dans cette affaire de complot.
Est-ce encore, un délit, de signaler qu’il ne s’agit que de la manipulation d’un régime impopulaire et aux abois ?
 
ACHARNEMENT DU POUVOIR
 
Le fait de détenir en prison ces journalistes sous mandat de dépôt- soit avant le procès proprement dit- reflète déjà un non respect de l’Etat de droit. Ces professionnels de médias ont croupi au camp d’Amsinéné plus de 100 jours (sic !) avant leur comparution devant le tribunal.  Des défenseurs de droits de l’homme, allant du Reporters Sans Frontières aux artistes en passant par d’association des journalistes se sont mobilisés pour leur libération immédiate, mais Idriss Deby a fait la sourde oreille. Si RSF a lancé une pétition ouverte à tous les férus de liberté de presse, un groupe d’artistes tchadiens ont initié un concert de solidarité – finalement non autorisé par le ministère de l’intérieur. 
Despote, M. Deby  n’a même pas compris la signification politique de la démarche française, celle de donner un asile au blogueur tchadien Makaïla Nguebla. N’en déplaise au Me Jean-Bernard Padaré, ministre de la Justice et Garde des Sceaux qui avait une dent contre ces journalistes, mais « son » président est mal conseillé. Au moins, par la pire des choses, Idriss Deby aurait octroyé une liberté exceptionnelle envers ces gens des médias lors du 53 ème anniversaire de l’indépendance ! Le ministre de la Communication, porte parole de la Présidence Hassan Sylla Ben Bakari, a même fait l’objet d’une lettre ouverte avec un ton dur, sur ce cas par un journaliste connu Ahmat Zéïdane Bichara, ayant eu le Prix Lorenzo Natali en 2006. Mais vainement.
C’est dans ce sens que nous disons que Topona et Laokolé sont libres, mais les dirigeants tchadiens ignorent c’est quoi  l’esprit d’apaisement et de soulagement.
Heureusement que Me Pierre Mialengar, un des avocats des journalistes a annoncé interjeter appel.  De son côté, RSF condamne ce verdict le considérant comme un acharnement du pouvoir tchadien contre l’indépendance de  l’information : « Ces (…) journalistes  ne sont pas des comploteurs, mais des acteurs de l’information indépendants ou proches de l’opposition qui assurent une couverture critique de la situation au Tchad ».
Le combat de la liberté de presse est loin d’être clos au Tchad, puisque Moussa confrère Avenir Moussey De la Tchiré, directeur d’Abba Garde est toujours en prison. Notre collègue poursuivi pour « incitation à la haine et au soulèvement populaire » suite à la diffusion de plusieurs articles critiques sur le régime Déby sera jugé le 27 août prochain.
C’est dire de l’acrimonie et de la méfiance qu’Idriss Deby a toujours entretenue auprès des journalistes indépendants !
 
T. Djim et A. Moussa
(N’Djamena)
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6 Commentaires sur "Tchad : Eric Topona et Jean Laokolé libérés, mais …"

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TCHOUGOL TCHOUI
Invité
Au tchad : le monde est a l’envers les tchadiens vivent dans un pays où le gouvernement gouverne à l’envers des institutions de l’État . Quand un peuple pris par otage a peur de son ombre à cause d’un régime dictatorial , anti national , antidémocratique , antisocial qui emprisonne à sa guise , terrasse , humilie , aplysie et tue tout ceux qui s’opposent contre lui et ceux qui réclament leurs droits les plus élémentaires . Le monde est à l’envers , Quand ceux qui n’ont jamais assis sur le banc de l’école deviennent des bacheliers , des licencies ? Des maîtrisards ,… Read more »
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