Corruption au Tchad : la révélation hallucinante, mais dramatiquement réelle de Deby

Posté le 18 Oct 2013 - 9:24 Par La Rédaction

La célébration de la Tabaski le 15 octobre dernier, a offert le prétexte en or massif au Sultan-Président de la République du Tchad de faire un petit discours en présence des membres du Conseil supérieur des affaires islamiques du Tchad (CSAIT) dans le sens d’interpeler les tchadiens du Nord, du Sud, de l’Est et de l’ouest à jeter au loin les mauvaises habitudes. En effet, pendant cette cérémonie, et à la suite du prêche de l’Imam de N’Djamena, l’homme s’est carrément lâché et a dressé un tableau non seulement hallucinant, mais dramatiquement réel. Car, comme s’il sortait d’un rêve, Idriss Deby a affirmé, les yeux injectés de sang, que toute l’administration du Tchad n’est composée que d’indécrottables corrompus. Tous, a-t-il grondé, sont corrompus jusqu’à l’os. Mis à part lui-même, bien entendu !

« Du ministre au planton, tout le monde vole au Tchad, (…) plus de 30 pour cent du budget de l’Etat passe dans les poches des corrompus ! ». Voilà le constat pur et dur qu’a fait l’homme fort de N’Djamena devant un impressionnant auditoire religieux à l’occasion de son discours traditionnel de circonstance accompagnant la grande fête du Sacrifice.
Bien évidemment, à travers cette diatribe à la limite du dégoût abyssal,  Idriss Deby n’a pas dévoilé la formule de la bombe atomique au peuple, loin s’en faut, mais a mis et remué tout au plus  le couteau, il faut le dire,  dans une plaie qui fait chaque jour mal – et même très mal – à toute la communauté tchadienne qui n’a jamais compris comment, malgré de spectaculaires arrestations de fonctionnaires ou de ministres reconnus coupables de détournement, dévoilées de temps à autre à grand renfort de ramdam médiatique, les procédures judiciaires subséquentes se sont systématiquement terminées en eau de boudin. Les présumés détourneurs s’étant toujours retrouvés en liberté au terme de quelques jours de garde à vue ou – au pire – de détention préventive.
« C’est une honte, c’est un pêché », a ajouté le président de la République qui est allé encore plus loin dans ce qui avait pris l’air d’un réquisitoire incandescent contre son propre régime. «  Les gens ne veulent pas travailler, si le Président se déplace à l’extérieur du pays, aucun membre du gouvernement ne vient au bureau. Si le Président est en congé d’une ou de deux semaines, certains se retrouvent à Paris ou aux États-Unis ou ailleurs avec des valises. Le pays ne peut pas fonctionner de la sorte ! »
Puis de marteler avec encore plus de virulence :  
« Ils sont tous des menteurs, chacun tient à s’enrichir sur le dos de l’état, beaucoup convoitent des postes juteux, il faut qu’on change de comportement, surtout, vous les cadres ».
A entendre Idriss Deby Itno, la situation aurait pris des proportions intolérables, puisque même la justice ne réussit pas à réprimer cette espèce de kleptomanie transformée en sport national. La solution serait-elle de chasser tous les fonctionnaires et de faire table rase de tout le personnel administratif ?
Est-ce à dire que le système judiciaire – forcément corrompu – est devenu complètement inopérant face à ce fléau national ? Faut-il définitivement croire qu’au-delà de ce plaidoyer à la limite du pro domo, Idriss Deby a ainsi déroulé l’aveu public de sa propre impuissance face à cette véritable calamité nationale ? Ces questions restent posées.
Mais elles n’en font pas moins rire les Tchadiens aux éclats, eux qui, à la suite de cette fantasque diatribe du chef de l’Etat, se demandent – et d’ailleurs à raison – de qui Deby se moque.  
Se moque-t-il de lui-même qui, malgré son omnipotence, donne l’impression qu’il n’arrive plus à faire peur ou à dissuader ses propres créatures ? Se moque-t-il du peuple, comme il le fait depuis 23 ans, en tentant de lui faire croire que tous les fonctionnaires ont de la confiture aux mains sauf lui-même, et qu’il le regretterait amèrement ?
Autant de questions qui taraudent l’esprit tourmenté des malheureux tchadiens qui subissent avec résignation l’insupportable insolence des fonctionnaires et autres agents de l’État qui mènent un train de vie à crever les yeux sur fond d’opulence et d’impunité.
Car personne n’ignore que si à ce jour, l’administration tchadienne est absolument incompétente et pulvérise sans cesse tous les records de corruption et de gabegie à l’échelle continentale, c’est bien pour la simple raison que Deby a lui même, depuis son avènement au pouvoir, toujours dressé le lit de la médiocrité et de l’obséquiosité au détriment de la compétence et du culte du service de l’Etat.
Plus grave, Idriss Deby s’est sans cesse ingénié à écraser ou à reléguer aux plus basses fonctions tout ce que le pays pouvait se targuer de posséder comme cadres compétents, expérimentés et intègres. Conséquence : un nombre incroyable de ressources humaines diplômées et expérimentées n’a plus eu d’autre alternative que de prendre le chemin de l’exil ou de l’expatriation.  
Pas étonnant donc que l’on ne trouve aux plus hautes fonctions de l’Etat que des analphabètes complets, doublés d’incultes politiques qui ne brillent que par leur servilité et leur extraordinaire capacité à chanter des louanges de Deby, de Hinda, de sa famille ainsi qu’à se servir sans vergogne dans les caisses de l’Etat, sans la moindre crainte, convaincus qu’ils sont que le pouvoir est entre leurs mains..
Ce que n’a pas osé avouer le Sultan, c’est que TOUTE sa famille fait partie de ces voleurs et détourneurs, mais en 23 ans de règne, aucun proche de Deby n’a été inquiété ou même seulement été questionné pour malversations et détournements de fonds publics et pourtant, tous jonglent à longueur de journée avec des millions et des milliards appartenant à l’Etat. On a ainsi vu Zakaria Idriss Deby piller sans états d’âmes la compagnie aéronautique Toumaï,  et en dilapider tout le capital sans que qui que ce soit ne lui pose le moindre reproche. Que dire des autres frères et sœurs de la fratrie Deby ou de la galaxie des Itno qui ont transformé le Tchad depuis 23 ans en une tirelire familiale géante où chacun se sert à satiété.
Qu’Idriss Deby criaille aujourd’hui à l’incompétence et à la gabegie comme pour se donner bonne conscience sonne franchement faux, car c’est lui-même qui a mis en place ce système prébendier et prévaricateur. La meilleure preuve étant qu’il vient de faire de son frère Daoussa le ministre des Postes et des Nouvelles technologies. Des domaines dans lesquels ce solide autodidacte aura certainement de la peine à imprimer ses marques.
Moralité : pendant qu’il hurle à la corruption et à l’incompétence, il forme des gouvernements avec pleins de détourneurs en puissance. Il est vrai qu’il est le seul Monsieur Propre du Tchad, mais il donne l’impression de faire comme ces autruches qui, parce qu’elles la tête enfouie sous le sable avec les yeux fermés, sont convaincues que … personne ne les voit !
La Rédaction
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6 Commentaires sur "Corruption au Tchad : la révélation hallucinante, mais dramatiquement réelle de Deby"

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Bekoto hamit Adam
Invité
Commentaire n°4 : ZENOUBA, vous avez bien tracé ce que nous fonctionnaires tchadiens, avions vécu quotidiennement dans l’administration tchadienne depuis ces 23 ans règne de Idriss Deby . Si vous donniez de l’argent « un bon de commande » ou une voiture a reformer a un parent du président, demain trois autre se présenteront dans votre bureaux pour les mêmes doléances. Certains parents du président vous diront que « djina le ni choufou achan indina ouzour » nous sommes venus voir parce qu’on est dans le besoin ». Si tu leur donne une somme quelconque, ils la jetteront avec dédain sur la table de ton bureaux »… Read more »
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