Le Tchad : pays de non Droit et de non justice.

Posté le 30 Juil 2014 - 1:15 Par La Rédaction

Le Tchad, est, à tous les égards, vraiment comparable au Far West américain du 18è siècle où la loi du plus fort, du plus armé, du plus riche, du plus rapide, ou du plus cruel était la règle. En plein 21è siècle, voilà un pays où le Droit n’a pas droit de cité, où les magistrats sont pratiquement tous corrompus jusqu’à la moelle des os, où les ministres de la justice se suivent, se ressemblent, et se comportent comme de purs rufians en faisant arrêter, incarcérer ou faire libérer qui ils veulent, quand ils veulent, et comme ils veulent. Conséquence : la population entière vit dans la psychose de l’injustice permanente, systématique et systémique, les investisseurs étrangers ont la chair de poule rien qu’à imaginer ce qui pourrait leur arriver en cas de contentieux. Pour tout dire, pas de justice au pays d’Idriss Deby. Pourtant la fameuse communauté internationale n’ignore rien de cette dramatique situation. Voilà la VISION que partage François Hollande avec le maitre du Tchad !

La Haute cour de justice de N’Djamena – Crédit photo : Rfi.fr

Ces dernières semaines, une retentissante guerre de tranchées oppose les magistrats Tchadiens et Bechir Madet, leur ministre de la justice en fonction depuis décembre 2013, suscitant par voie de conséquence d’inextinguibles gorges chaudes aux quatre coins du pays.

En fait, le syndicat tchadien des magistrats s’en est pris sans désemparer, d’une seule voix, contre le garde des Sceaux, lui reprochant, non seulement d’être irrévérencieux à l’égard du corps de la magistrature – car n’ayant pas pris de gants pour déclarer à haute et intelligible voix que les magistrats tchadiens sont corrompus, vénaux et incompétents – mais, plus grave et absolument impardonnable, d’avoir fait preuve d’un insupportable soutien pour un gouverneur de région qui a tout récemment menacé un magistrat du Parquet.

Et les magistrats d’exiger, pas moins, du Président de la République de virer ce ministre.

Ces échanges peu amènes entre les acteurs de la Justice au Tchad ont quelque chose d’indécent et de trivial.

Il est réel que la Justice Tchadienne traine une sale réputation, non seulement dans le sentiment collectif intérieur, mais aussi à l’international. Les populations de ce pays traumatisé par les violences de toutes natures savent que le Droit est une simple vue de l’esprit. Elles savent toutes qu’elles sont de simples prisonnières en puissance dans leur propre pays.

Ces pauvres populations anxieuses et résignées savent que c’est la loi du plus fort, du plus riche ou de celui qui a le bras le plus long qui est de mise. Quand un homme lésé n’a rien à proposer à un magistrat avant son procès, il est sûr de perdre. Pire, quand un justiciable n’a pas eu la possibilité ou les « moyens » de « négocier » avec les juges avant les débats, ou s’il n’a aucune affinité tribale ou clanique avec ceux qui sont censés dire le Droit, il n’a rien à attendre de bon : Il se retrouvera en prison, ou sera condamné à payer de lourds dommages et intérêts, quand bien il serait le plaignant. Encore que personne n’a oublié le sort carrément inadmissible que la justice Tchadienne a réservé au dossier de l’ignoble assassinat suivi de la disparition d’Ibni Oumar Saleh : Un avilissant non lieu, alors que les responsables sont connus, alors que les faits sont patents dans toute leur horreur.

C’est un peu en réaction à ce tableau à tout le moins sombre que le nouveau ministre de la justice – qui n’est en tout cas pas au dessus de toute critique – a stigmatisé sans ambiguïtés la mentalité et le peu de respect pour l’éthique des magistrats tchadiens. Hommes de lois qui n’ont réellement jamais brillé ces 20 dernières années par une étincelante probité.

Pour leur part, les magistrats, dans un filandreux élan de solidarité, n’ont guère supporté que leur nouveau ministre se permette d’émettre le moindre jugement sur leur moralité. Encore que les populations les accusent, mais à voix basse, d’encourager l’impunité – en refusant de dire le Droit –  de promouvoir la récidive, et de sublimer les abus de toutes sortes. Surtout en fermant pudiquement les yeux sur les excès des apparatchiks du régime ou de leurs progénitures, en déclarant des non lieux à tours de bras dans de flagrants crimes, en déboutant, les yeux fermés, de pauvres orphelins sans soutien.

Dans un tel contexte où les magistrats et leur hiérarchie se rejettent tous les torts, n’est-ce pas le plus incontestable constat que la justice au Tchad nécessite absolument d’être revue et corrigée ?

Tant que le régime MPS sera vissé au pouvoir, aucun espoir de voir les choses changer ne saurait être envisageable. Car ce n’est pas avec une justice aussi timorée que le Tchad atteindra son improbable « émergence » en 2025. Le développement économique exige aussi – parmi les corolaires fondamentaux et incontournables – une justice équitable pour rassurer l’environnement des affaires.

La Rédaction

 

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6 Commentaires N'hésitez pas à rejoindre cette conversation.

  1. tamada djoloun 2 août 2014 à 2 h 46 min - Reply

    C’est une très bonne analyse de la situation qui prévaut depuis ces 24 ans au tchad sous le régime dictatorial de mps.Idriss deby pensait dire dans ses discours que le tchad c’est lui , la justice c’est lui .

  2. théré NGARYTOUMLE 2 août 2014 à 23 h 10 min - Reply

    le tchad n’est pas un pays de droits et ni des lois , le président Idriss deby et ses parents sont au dessus de la loi .Ils ont un droit de vie et de mort sur les autres tchadiens.Le président idriss Deby est tout au tchad: il est chef de l’état ,chef suprême de son armée clanique ,Grand maître de l’ordre national(de la justice),président son parti mps ,président d’honneur de l’association de wadi-fira,sultan de bilia et bientôt il rêve de fusionner le sultan zaghawa à son sultan de bilia pour être le super-sultan de BELIBE dit-on! tchadiens aimant leur pays!Il est urgent que vous vous responsabilisez pour prendre la destinée du pays en soutenant le MACT dans son action de changement au tchad . rien faire et être observateurs ,les générations futures nous jugeront comme des traîtres et des lâches.

  3. Jean MOURSAL 2 août 2014 à 23 h 32 min - Reply

    si idriss deby itno se repentisse devant DIEU et devant la nation tout entière avant que son fauteuil présidentiel ne le quitte dans le malheur, peut-être les tchadiens les pardonneront lui et sa famille.Dit-on que un péché avoué est en moitié pardonné! L’exemple du président défunt maloum est édifiant : Il avait quitté le pouvoir en pleine guerre pendant les événement du 12 février,il avait laissé entendre en disant ceci: si c’est à cause de moi que vous vous battiez ,je quitte ce pouvoir! non les les tchadiens se battent à cause de l’injustice sur tout les plans.

  4. Erdibo INNA 3 août 2014 à 1 h 17 min - Reply

    le président deby itno a-t-il sa tête hors de lui? Il m’ a souvent arrivé de méditer sur les injustices visibles que subissaient les populations de certaines régions du tchad,là je me disais intérieurement que est ce vraiment le président deby itno en tant humain ,est conscient de ce qui se passe dans les minutes ,dans les heures,dans les mois et dans les années sur les quotidiens de ses compatriotes?Au lieu de faire des remontrances devant les puissances occidentales qu’il est un bon chien de chasse et de tambouriner dans des discours cousus dans les mensonges et de la fiction,le président deby itno doit regarder la réalité en face du quotidien des tchadiens et dire stop! le président idriss avait-il vite oublié d’où ,il Comment il était venu jusqu’à là venait?et ‘où il va demain?

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