Tchad : Idriss Deby à l’épreuve de la fragilité de son régime

Posté le 16 Juil 2015 - 4:43 Par La Rédaction

Le 10 juin dernier, Idriss Deby Itno, généralissime d’Armée, sublissime Sultan autoproclamé et excellentissime Président de la république du Tchad s’est retrouvé dans la région de Mandoul qu’il n’avait pas visitée depuis longtemps. Et in situ, alors que personne ne s’y attendait, le dictateur a donné l’impression de vivre un « spleen » permanent, allant jusqu’à révéler sur un ton presque pathétique qu’il « a l’impression d’être seul … ». Sincères ou pas, ces propos n’en illustrent pas moins la situation réelle de ce régime qui, plus que jamais, donne l’impression de courir comme un canard auquel on a coupé la tête et qui court tout droit jusqu’à l’obstacle qui l’arrêtera.

Pendant que des tchadiens meurent par dizaine dans des attentats-suicides, Idriss Deby indifférent en villégiature à Amdjarass. Crédit photo Tchadpages

Pendant que des tchadiens meurent par dizaine dans des attentats-suicides, Idriss Deby indifférent en villégiature à Amdjarass. Crédit photo Tchadpages

 

« J’avais informé le gouverneur de la région du Mandoul de ma venue à Koumra, une heure trente minutes avant le décollage de mon avion de N’Djaména », « chaque fois que j’entreprends une tournée à l’intérieur du pays, je suis envahi par une meute de délégations venant de N’Djaména qui s’interposent  entre moi et vous, du Tchad-profond », « Je ne suis pas du tout aidé dans la gestion de la chose publique. J’ai l’impression d’être seul. Sauf Dieu qui me soutient », « Chacun veut s’enrichir vite sur le dos des contribuables. « De grâce aimons le Tchad ». : Voilà quelques extraits des poignants propos – rapportés par le site internet Al Wihda, proche du régime – qu’aurait alors tenu Idriss Deby Itno, si nous nous en tenons au reportage de journalistes crédibles, devant les populations et les autorités administratives de la Région de Mandoul.

Sincères ou relevant de la plus vile duplicité, ces propos ont jeté un profond trouble dans l’esprit de tous ceux qui ont eu le privilège d’entendre ces paroles que personne n’aurait pu imaginer sortir un jour de la bouche de cet autocrate qui, depuis 25 ans, semble être moulé dans le fer.

Quoi qu’il en soit, la vérité est qu’effectivement, Idriss Deby Itno est encerclé en permanence par une horde familiale qui considère le Tchad comme une propriété privée, une mangeoire privée autour de laquelle ils sont conviés à se servir à satiété. Effectivement une boulimique clique familiale et de proches s’attèle à un pillage systématique des caisses de l’État comme si celles-ci n’étaient rien d’autre qu’une immense caverne d’Ali Baba où il n’est question que de s’enrichir sans vergogne.

Effectivement la gouvernance du Tchad n’a absolument rien d’orthodoxe ou de simplement logique. On n’a qu’à constater qu’il existe par exemple un véritable ministre « du ciel et de la terre » nommé Adoum Younousmi – pour ne citer que celui-là qui a la charge de tout ce qui est relatif aux constructions, travaux publics, transports, et logistiques diverses. Les routes à construire, le péage routier c’est lui, les écoles, les universités, les ministères et toutes sortes d’immeubles à bâtir et ériger au Tchad, c’est encore lui, les avions à acheter ou à négocier, c’est également lui, le fameux chemin de fer – devenu pour l’heure hypothétique – c’est toujours lui.

C’est, encore, toujours et invariablement lui qui fixe la mercuriale des prix, de tous les prix et barèmes de la totalité des marchés publics au Tchad. Surtout que, paradoxalement,  le coût de la construction d’une salle de classe au Tchad  équivaut à celui d’un collège entier au Cameroun ou au Gabon.

Que dire encore du trop controversé Directeur des Douanes Salay Deby, membre très éminent de la famille présidentielle, qui conserve l’intégralité des recettes douanières … dans son compte personnel et ne les met à la disposition du ministre de finances que selon son bon vouloir et ses humeurs. Un directeur des Douanes que tout le Tchad sait parfaitement analphabète, qui ne met les pieds dans son bureau que moins de deux heures par jour, mais à qui toutes les recettes nationales sont immanquablement versées tous les soirs.

Impossible de ne pas évoquer les cas de tel ou tel autre ministre – prenons au hasard le frère aîné présidentiel Daoussa Deby Itno – ministre de la république, mais patron d’une entreprise de travaux publics connue de tout le Tchad qui, à côté des opérateurs chinois ou égyptiens rafle les plus gros marchés de construction ou d’entretien des routes.

De quoi se plaint donc Idriss Deby qui n’ignore rien de ces incongruités et de tant d’autres qui font des gouvernants du Tchad une équipe de charognards qui semblent n’avoir été nommés que pour s’en mette plein les poches ?

Aurait-il versé des larmes de crocodile dans la région de Mandoul alors qu’il sait pertinemment que ses fils, neveux, cousins, frères, alliés – parce qu’on recense aussi des beaux frères et beaux fils – n’en font qu’à leurs têtes sans la moindre crainte d’être sanctionné ?

Le système mis en place – et fonctionnel au Tchad depuis un quart de siècle – par le régime MPS est essentiellement prébendier, et ne saurait survivre à une subite disparition d’Idriss Deby. Il le sait, mais ne fait rien pour corriger la machine.

De même, Idriss Deby sait que l’actuelle nomenklatura tchadienne fabriquée de toute pièce par son régime est entièrement corrompue et n’aura aucune chance de se maintenir au pouvoir au cas où le Sultan disparaitrait subitement. Le Général d’Armée imagine sans peine qu’au lendemain de sa disparition, le pays aura toutes les chances de plonger dans une impitoyable guerre civile dont l’objectif principal sera de massacrer tout ce qui rappellera ses proches et collatéraux.

Cette posture victimaire aurait pu émouvoir ceux qui ont vécu ce discours en direct, mais quand on analyse par la suite le comportement du dictateur, on réalise qu’il a joué une grosse comédie, car personne n’ignore la violence de l’actualité ayant émaillé les semaines suivantes. Le double attentat terroriste du 15 juin visant le commissariat central et l’école de police – quand il assistait au sommet des chefs d’États en Afrique du Sud, n’avait pas trouvé utile d’écourter son séjour, mais aussi sa déclaration télévisée n’a pas non plus suffit pour calmer la population ndjamenoise sous le choc –,  quatre jours après l’explosion lors de l’interpellation policière du 29 juin et la toute récente opération kamikaze du 11 juillet dernier au marché central de N’Djamena ayant coûté la vie à plusieurs dizaines de tchadiens : subséquemment à ces trois drames, Idriss Deby n’a manifesté le moindre geste de compassion. Aucune parole de réconfort, de condoléances ou de sympathie n’est sortie des lèvres sèches de ce potentat resté de marbre devant la douleur de plusieurs centaines de famille, Deby a préféré aller dès le lendemain de l’attentat du 29 juin en villégiature dans son village natal loin des populations vivant la psychose. Cynisme et mépris.

Et avec ça, il a osé faire croire qu’il porterait l’amour du Tchad et de ses citoyens en bandoulière ?

Notre pays subit stoïquement depuis 25 ans le joug de l’insupportable carcan d’un régime policier et assassin. Mais aujourd’hui son quotidien s’est enfoncé encore plus bas dans une terreur encore plus lourde.

Ce régime s’en moque éperdument, et ne se consacre qu’à ses trois dadas favoris : la prévarication des ressources de l’État à grande échelle, la pratique permanente et obsessionnelle de la guerre à l’étranger avec la cape et l’épée d’un Zorro de pacotille, et la liquéfaction du vivre ensemble tchadien.

Le seul espoir qui réussit à faire vivre le malheureux peuple tchadien est que tout cela aura une fin, et plus tôt que ne le pensent ces inconscients qui, pour l’heure sont au pouvoir, mais ne lisent pas l’Histoire des dictatures dans le monde – qui se terminent toujours et inévitablement en eau de boudin –  mais surtout n’ont aucun souci de lire la MÉTÉO. Celle qui donne la température ambiante et annonce celle qui arrive le lendemain et les jours suivants.

C’est pour cela qu’Idriss Deby Itno, son clan familial et sa clique de MPS voraces, ses généraux de pacotille, et ses ministres incompétents seront profondément surpris le jour, heureusement proche de la fin de leur système.

Un système qui en est aujourd’hui – si l’on emprunte le langage des matches de football – « au temps additionnel ». Celui durant lequel se jouent les derniers instants du match !

La Rédaction

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9 Commentaires sur "Tchad : Idriss Deby à l’épreuve de la fragilité de son régime"

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EKÉ maridinga
Invité
D’après le président idriss ,ses parents sont des citoyens à part entière par rapport aux autres tchadiens ,donc ils sont intouchables.Il leur est permis de tout faire ,se promèner l’arme aux points aux moments où on interdisait aux corps d’arme.ils sont libres d’intimider ,de l’humilier ,d’injurier ,de menacer ou de tirer à bout portant sur des policiers en services .Le président idriss deby itno aime les cadres qui s’agenouillassent devant lui pour baiser les bouts de ses pieds et ses parents préfèrent que les autres citoyens « ordinaires » rampent devant eux ,parce qu’ils pensent être « les princes ». Le président idriss deby… Read more »
KAWOUKA bekety
Invité

Qu’est ce que le président DEBY insinuait en désignant à la tête de sa caravane « blanche » battant campagne des sensibilisations vers fada un BOROGAT ? Est ce que le moment tant attendu où idriss dirait ,vous mes oncles maternels ,sans vous ,moi idriss je suis rien ,est maintenant venu ? Qui vit le verra ! Idriss deby s’agenouillera devant le peuple tchadien pour lui demander le pardon INCHALLAH !

Imoulou hâ
Invité
Les voleurs de la république chercheraient -ils leur capitaine idriss deby itno seul dans le bateau en dérive ? Depuis que le mact a annoncé que ses combattants sont prêts à lever le défi contre la dictature au Tchad ,certains pilleurs des deniers publics ,viennent sans cesse d’acheter des appartements à intermédiaires de leurs amis en Europe,en Asie ,en Afrique et ailleurs pour avoir un pied à l’extérieur et un autre à l’intérieur !Au même moment l’état crie et quémande l’argent à l’extérieur et à l’ intérieur un nouvel système est crée par BACHIR pour rançonner les populations tchadiennes .
nOURÉNE chereb
Invité
L’homme est-il fort comme il croit l’être au moment l’ a placé au zénith du pouvoir ? L’ homme à sa naissance ,il poussa un premier cri de secours ! Quand il est au commandement dira que « c’est moi ! c’est moi ! c’est moi ! Quand une simple épine le pique ,il pousse cri de douleurs aie ! Quand il retrouve dans une situation extrême mettant sa vie en danger ,il implore secours à ces grands mots:Mon DIEU !YA ALLAH !MY GOD !ALLAH TAGOU ! OUDOU BARDAY KI MAMAN ! YA OUMMI !HAY KIDAKI ! Dans les situations de… Read more »
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