Disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh : Le non lieu qui enfonce définitivement Idriss Deby et son régime.

Posté le 6 août 2013 - 3:27 Par La Rédaction
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Depuis le jeudi 25 juillet dernier, la commission constituée depuis 2009 par le gouvernement tchadien à l’effet d’enquêter et de dire la vérité sur la disparition d’Ibni Oumar Saleh a enfin rendu ses conclusions publiques : Dans celles-ci, elle n’a pas fait moins que de donner sa langue au chat en concluant pudiquement qu’elle n’a pu identifier un quelconque « auteur », « coauteur » ou « complice » susceptible d’être tenu responsable de la « disparition » de l’homme politique tchadien enlevé au grand jour dans son propre domicile le 03 février 2008 par – et le rapport est formel là-dessus – des éléments de la garde présidentielle !

Au terme de quatre longues et laborieuses années d’instruction sur l’enlèvement et la disparition des multiples personnes à la suite de l’offensive avortée des forces politico militaires le 02 février 2008, la justice tchadienne vient de prononcer, certainement avec mauvaise conscience, un non-lieu quant à ce qui concerne spécifiquement celle d’Ibni Oumar Saleh.
C’est ce qui a poussé une grande agence de presse d’affirmer que : « La justice tchadienne jette l’éponge. Faute d’avoir pu « identifier les auteurs, coauteurs et complices » dans l’affaire des personnes disparues lors d’une offensive rebelle de février 2008 à N’Djamena, la justice a rendu une ordonnance de non-lieu dont la presse a obtenu copie le jeudi 25 juillet. 
Puis de conclure : « Dans ce document, la justice souligne toutefois  l’implication incontestable des forces gouvernementales dans la détention illégale de Lol Mahamat Choua. »
Traduction à donner des frissons : il est établi que ce sont des éléments de l’armée et des forces gouvernementales qui ont enlevé et embastillé illégalement ces personnes, mais l’enquête n’a guère permis d’identifier et de citer nommément un seul des exécutants ou commanditaires.
 
On sait que ce même jour plusieurs leaders de l’opposition civile tchadienne avaient été kidnappés, parmi lesquels, Lol Mahmat Choua et  Ngarlejy Yorongar. Lol Choua avait recouvré la liberté par la suite, et Ngarlejy Yorongar avait réapparu après d’acrobatiques pérégrinations, mais jusqu’à ce jour, Ibni Oumar Saleh est le seul à être demeuré introuvable. Comme s’il s’était désintégré.
Une information judiciaire contre X avait été ouverte sans grande conviction en juin 2009 – à la suite d’une enquête menée par des experts tchadiens et internationaux – pour « tentatives d’enlèvement, disparitions et assassinats ».
 Il est vrai que dans un premier rapport rendu public dès septembre 2008 par une commission d’enquête gouvernementale, il avait été  affirmé à la va vite qu’Ibni Oumar Mahamat Saleh était, selon toute vraisemblance, « décédé ».
Où, comment, et qu’était-il advenu de sa dépouille ? Aucune réponse n’avait été donnée, le rapport s’étant distingué par un effrayant caractère évasif.
 
En tout cas, pour l’heure, les magistrats ayant rendu l’ordonnance de non lieu ans ont affirmé, les sourcils froncés, s’être heurtés à un mur de silence pendant quatre ans, précisant « n’avoir pu retrouver aucun auteur présumé des nombreux crimes commis dans la capitale après la déroute des rebelles. »
« L’information n’a pas permis d’identifier les auteurs, coauteurs et complices des autres cas de disparitions, viols, incendies et autres destructions », conclut  le document, faisant état de l’absence de « charges suffisantes contre quiconque ».
On peut donc légitimement, et en définitive, penser que, pour les autorités de N’Djamena, la messe est définitivement dite, et qu’il n’y a plus rien à ajouter au sujet de cette affaire qui fait pourtant tousser bon nombre de proches du président Deby qui savent pertinemment qu’Ibni Oumar Saleh est mort et enterré depuis longtemps, et pensent que le régime aurait dû chercher le moyen de se dédouaner de façon intelligente – voire cynique – pour éviter que la mort de cet homme, pourtant adepte du dialogue, ne soit imputée un jour ou l’autre au régime, ou carrément à Idriss Deby.
La seule vérité affirmée la main sur le cœur par les autorités tchadiennes est donc qu’Ibni Oumar a été enlevé par des militaires de la garde présidentielle, mais que personne ne sait qui l’a enlevé et fait disparaitre. Dont acte.
La commission rogatoire mise en branle par la justice française qui va bientôt s’investir à N’Djamena pour mener sa propre enquête sait déjà à qui s’en tenir. Mais quoi qu’il en soit,  des gens ayant été spectateurs ou coauteurs ou auteurs de la mise à mort et de l’enterrement d’Ibni Oumar Saleh existent. Ils parleront un jour. Et ce jour est certainement moins éloigné qu’Idriss Deby ne le pense.
Des hommes politiques avaient été enlevés, torturés et séquestrés à la suite de l’offensive mémorable de février 2008. C’est connu et reconnu par l’enquête diligentée par les autorités tchadiennes. Ces enlèvements avaient été perpétrés dans une logique de représailles ordonnée par Idriss Deby et son régime, convaincus que les rebelles ne seraient arrivés jusque devant le portail du Palais Rose que grâce à la complicité des leaders de l’opposition en place dans la capitale.
Qu’aujourd’hui, cinq ans après cette cascade de forfaitures, le régime Deby s’obstine à persister et signer qu’il ne sait rien de ce qui est arrivé frise le mépris et l’arrogance.
Le non lieu officiel que les magistrats à la solde du pouvoir en place à N’Djamena viennent de prononcer est certes la consécration de la fuite en avant entamée depuis février 2008, mais en réalité enfonce définitivement ce régime qui n’a jamais été à un assassinat près, mais n’a visiblement pas conscience de ce qu’il s’affaire, à l’heure qu’il est, à réveiller de vieux démons cachés depuis longtemps dans des placards en pensant noyer un poisson dans un bocal d’eau.
La Rédaction
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  1. Mourthawou Ngnéré 11 août 2013 à 22 h 52 min - Reply

    Pour combien de temps, le président Idriss Déby et sa clique voudraient-ils cacher la vérité sur les disparitions de Ibni Oumar Mahamat Saleh et les autres Tchadiens lors de l’attaque de la capitale N’Djamena par la rébellion le 03/02/2008 ?
    L’affaire Ibni est devenue un casse-tête pour le président Idriss Déby, dès qu’on prononce auprès de lui le nom Ibni, Idriss Déby change rapidement les poils, il devient nerveux et pensif, il va bégayer en soit disant qu’il y a beaucoup d’autres Tchadiens morts pendant cet événement, pourquoi on ne parle pas de ces derniers ?
    Vues son comportement impulsif, il a vraiment quelque chose de directe dans cette affaire, mais on faisait semblant de chercher des preuves ailleurs.
    C’est comme si on voyait le lion mais on faisait semblant de le chercher en suivant sa trace.
    Mourthawou Ngnéré

  2. Abdoul-Nimir 11 août 2013 à 23 h 22 min - Reply

    Que justice soit faite au peuple Tchadien.
    Le président Idriss Déby a vraiment eu peur quand un juge français cherchait à déclencher une instruction dans les prochains jours au Tchad sur les circonstances de la disparition de Ibni.
    Si l’instruction va aboutir en indexant vers un auteur et des coauteurs, Idriss Déby chercherait a sacrifier certains de ses collaborateurs.
    Abdoul-Nimir

  3. Ngartoloum BAYANA 11 août 2013 à 23 h 50 min - Reply

    Beaucoup de Tchadiens se posent la question : Est-ce qu’enfin la justice Française trouvera le vrai auteur et ses complices dans les mois à venir ?
    Idriss Deby et sa famille feront tout pour bloquer l’instruction que le juge Français va entreprendre bientôt au Tchad.

  4. Tchadi Tchakini 19 août 2013 à 22 h 17 min - Reply

    L’affaire IBNI est devenue un soucis majeur pour Idriss Déby, son clan et ses collaborateurs.
    Ils cherchent par tout les moyens comment à enterrer cet affaire avant que la justice, une vraie justice trouve le jour pour nous élucider ces disparitions du 3/02/2008 ?
    Quand l’affaire de la disparition d’IBNI est devenue un sujet d’actualité, Idriss Déby le sanguinaire et ses collaborateurs cherchent à détourner l’esprit de l’opinion national Tchadien et celui de la communauté international sur un autre problème crée avec magouille pour nous divertir pendant quelque mois.
    Idriss Déby le vautour et ses collaborateurs les charognards savent bien comment éliminer les êtres durs à nous tous , mais nous aussi nous ne baisserons les bras afin de retrouver le ou les coupables et de les faire traîner devant la justice un jour Incha’Allah !

  5. Tchadi Tchakini 20 août 2013 à 0 h 50 min - Reply

    L’affaire IBNI est devenue un soucis majeur pour Idriss Déby, son clan et ses collaborateurs.
    Ils cherchent par tout les moyens comment à enterrer cet affaire avant que la justice, une vraie justice trouve le jour pour nous élucider ces disparitions du 3/02/2008 ?
    Quand l’affaire de la disparition d’IBNI est devenue un sujet d’actualité, Idriss Déby le sanguinaire et ses collaborateurs cherchent à détourner l’esprit de l’opinion national Tchadien et celui de la communauté international sur un autre problème crée avec magouille pour nous divertir pendant quelque mois.
    Idriss Déby le vautour et ses collaborateurs les charognards savent bien comment éliminer les êtres chers à nous tous , mais nous aussi nous ne baisserons les bras afin de retrouver le ou les coupables et de les faire traîner devant la justice un jour Incha’Allah !

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