Faire du Tchad un pays normal

Posté le 18 juin 2013 - 4:04 Par La Rédaction
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Quand le révérend Martin Luther King dévoila son fameux « I have a dream » à tous les noirs opprimés dans les Etats Unis d’Amérique des années 60, beaucoup de gens à travers le monde l’avaient pris pour un véritable petit illuminé prenant ses fantasmes  pour la réalité.

Faire du Tchad un pays normal

En effet ce jeune pasteur viscéralement engagé contre le système de ségrégation raciale avait osé rêver d’une société américaine où les noirs deviendraient égaux en droits aux blancs. Une véritable folie alors que la Constitution de ce pays faisait encore du noir … un quart de citoyen blanc !
Il importe de s’en souvenir : à cette époque là, un noir avait moins d’importance qu’un chien ou un chat aux yeux des américains. Un noir n’avait pas le droit de prendre le même autobus ou de manger dans le même restaurant qu’un blanc. Pourtant nous étions en plein 20è siècle !
C’est pour cette ahurissante raison que beaucoup, dans l’opinion, tant aux Etats Unis, qu’à travers le monde, n’avaient vu à travers ce retentissant « I have a dream » qu’un simple rêve trop beau pour envisager d’être réalisé avant 2 ou 3 siècles.
Parce que ce rêve était fort, pertinent et juste, quarante ans plus tard, le président des Etats unis est un noir. Le rêve s’étant réalisé au-delà, très au-delà, de la simple quête de l’égalité des droits de Luther King qui, on le sait, l’avait payé de sa vie.
Voilà un rêve qui avait paru incongru dans une société que tout le monde avait crue irréductible et implacable, mais qui s’est matérialisé parce que l’idéal dont Martin Luther King était le porte flambeau était essentiel, nécessaire et fondamental.
C’est pour comprendre pleinement la substance du sujet de notre idée que nous avons évoqué cet exemple, certes extrême mais si symptomatique. Car il est question pour nous de développer le « rêve » que nous nourrissons pour notre pauvre pays le Tchad qui est englué dans une situation apparemment immuable, mais qui ne relève pas de la fatalité.
 
En cette année 2013, en 23 ans de sombre dictature, le Tchad n’est pas une République, ni un État dans l’acceptation moderne du terme, c’est juste un sultanat de coloration médiévale où ce qui constitue la norme dans tous les pays africains semble n’être qu’une curiosité.
Dans ce pays, c’est un clan qui est au pouvoir, avec au dessus de tous une famille nucléaire qui a tous les droits et tous les pouvoirs, surtout celui de vie et de mort sur tous les citoyens. Dans ce pays, personne n’est rien. Officier supérieur de l’armée, magistrat, avocat et même député peuvent être interpelés à tout moment et être expédiés ipso facto dans n’importe quelle prison sans aucun recours. Dans ce pays, on vous enlève en plein jour, on vous emmène pour une destination inconnue, et Pschitt! Vous disparaissez sans plus aucune trace. Votre famille va pleurer, vos amis vont hurler, la presse va s’époumoner, l’opinion internationale va ruer dans les brancards. Mais ça ne changera rien à votre sort. Vous vous serez volatilisé. Un point c’est tout!
Dans ce pays l’Administration n’est rien d’autre qu’une cascade de satrapies dans lesquelles des petits chefs  - omnipuissants chacun à son petit niveau –  n’en font qu’à leurs têtes au gré de leurs petits intérêts.
L’armée, cette armée dont on vante tant l’efficacité, n’est qu’une milice sans règles et sans éthique où tout est permis, et  dans laquelle le fils du chef de l’Etat, sans avoir jamais été dans la moindre école ou académie militaire, est général de division à l’âge de 29 ans avec moins de 6 ans de carrière. Il faut dire que son premier grade avait été … colonel.
Dans cette armée Tchadienne, vous pouvez être nommé général de brigade aujourd’hui par le chef de l’Etat sans avoir jamais été capitaine ou même seulement caporal, être rétrogradé six mois plus tard soldat de 2è classe,  et être propulsé 4 mois après général de division. C’est ça l’Armée tchadienne !
S’il faut aller dans la description exhaustive de l’état de décrépitude du Tchad, le décompte donne le vertige.
C’est ainsi que dans l’absolu, notre pays ressemble étrangement à l’Etat d’Haïti de papa Doc Duvalier où ce qui vous étonne aujourd’hui n’aura rien à voir avec ce qui surviendra deux jours plus tard; car c’est toujours le pire qui est à venir ! Et non le meilleur.
C’est pour cela que le premier objectif du MACT, dès que le régime Deby se trouvera en débandade, est de faire du Tchad UN PAYS NORMAL. C’est-à-dire un pays dans lequel tout se déroule et se pratique sur la base de normes modernes, civilisées et policées.
Nous savons que c’est une entreprise qui sera difficile à cause des mauvaises habitudes qui se sont cristallisées, mais parce qu’elle est nécessaire, elle se réalisera avec plus d’aisance que l’on ne peut envisager. Car il sera question de procéder à une normalisation nouvelle d’un pays qui était réduit à l’état sauvage.
Est-il possible de faire du Tchad un Etat normal ? Bien sûr que si. C’est une œuvre collective qui interpellera tous les tchadiens qui voudront tourner le dos  – et ils sont une écrasante majorité – à la barbarie qui constitue la règle depuis près d’un quart de siècle.
Le MACT est déterminé à recréer une Administration réellement et véritablement vouée au service public, au service des tchadiens.
Les régies financières devront être animées par des cadres diplômés, formés et uniquement attelés à booster le développement économique de notre pays dont le dynamisme et les potentialités augurent d’un avenir prometteur si les règles élémentaires de bonne gouvernance sont systématiquement appliquées. Il faudra en finir avec ces nominations scandaleuses de directeurs illettrés ou de cousins du chef de l’Etat incapables de lire un discours ayant été écrit par d’autres, alors qu’ils sont directeurs des Douanes ou des Impôts.
L’administration des Douanes devra être conduite par des techniciens chevronnés justifiant d’une bonne formation initiale, elle-même confortée par des formations continues et des stages à l’étranger.
A la magistrature, il  faudra des juges et des techniciens du Droit respectueux de la Loi et des droits afin qu’une bonne et saine justice soit enfin rendue dans ce pays où l’iniquité est la règle depuis trop longtemps. Ce qui, il faut le dire, redonnera certainement confiance et encouragera les investisseurs étrangers à revenir au Tchad où l’environnement judiciaire leur donne des sueurs froides depuis plus de 20 ans et les dissuade à investir sérieusement.
Quant à l’Armée, cette Armée dont on parle tant partout en Afrique aujourd’hui, elle devra résolument et définitivement se mettre au service de la Nation, et non plus à celui d’un homme ou d’un clan. Cette Armée devra être organisée et disciplinée. Organisée car aucune Armée au monde ne recrute plus des soldats sans des critères respectant certains normes internationaux. Dans cette optique, il s’imposera, non pas de révoquer les soldats illettrés, mais de les former de nouveau et d’élargir leur horizon éthique et technique.
Cette armée devra bien évidemment être disciplinée et respectueuses de toutes les traditions et devoirs militaires en pratique dans toutes les armées du monde. Mais surtout, il sera fondamental d’inculquer au sein de cette  nouvelle Armée que ses éléments ne sont pas au dessus de la Loi.
Ainsi, dans cette nouvelle Armée, on n’entrera plus par le sommet pour en sortir par le bas.
Quant à la Police et la Gendarmerie, nous veillerons à ce que ces deux corps indispensables s’impliquent avec pertinence dans la protection des personnes et des biens, tout en s’acquittant de leurs missions de police administrative, judicaire et scientifique.
Autre fait marquant faisant du Tchad un pays vraiment à part : la passerelle existant entre les divers corps d’hommes en tenue. Le Tchad est certainement le seul pays au monde où l’on entre dans l’Administration agent de police, on passe à la gendarmerie six mois plus tard, pour se permettre de sauter à pieds joints dans les Douanes dix mois après, puis militaire l’année suivante, et retourner, si on le désire, à la Police pour peu qu’on le désire ? Bien évidemment en arborant tour à tour ces différents attributs !
Cette fantasque incongruité n’a jamais beaucoup ému les tchadiens, mais elle constitue malheureusement un éclatant reflet de la décrépitude absolue d’un régime ubuesque qui ne se limite plus qu’à régner, complètement coupé des réalités du monde qui l’entoure. Comme s’il vivait dans une bulle.
A cause de toutes ces tares, nous rêvons forcément d’un pays où le développement réel s’inventera chaque jour, au rythme de ses performances réelles. Ce qui n’aura rien à voir avec cette émergence factice que l’actuel discours officiel conjugue cyniquement pour l’horizon 2025. Parce que Deby compte être encore là à cette échéance, pour totaliser 35 ans de pouvoir au sommet du Tchad ! Il se met le doigt dans l’œil.
Voilà donc la première aspiration du MACT : Faire du Tchad un pays normal. C’est la substance du grand projet de société que nous peaufinons chaque jour. Car nous rêvons d’un pays où la dictature sera bannie, un pays où certains citoyens ne collectionneront plus les armes à domicile comme au far West, un pays où aucune ethnie ne sera plus au dessus des autres. Un pays où l’accession à la fonction de président de la République sera assujettie à une élection transparente avec à la clé une limitation nette de durée du mandat présidentiel.
Enfin nous nous attèlerons de recréer un pays où personne, jamais plus personne, ne pourra plus tout se permettre au nom des canons qui le protègent, un pays où le peuple cessera de se résigner malgré la dictature sanglante qui l’oppresse.
 
La Rédaction
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6 Commentaires N'hésitez pas à rejoindre cette conversation.

  1. محمد حسن يوسف 19 juin 2013 à 17 h 49 min - Reply

    ان مع من ان ينقسم ليبيا وتشاد
    ان نطام ادريس ديبي نطام دكتاتوري لقد يقوم بل تهميش شمال من فقر وجهل

  2. محمد حسن يوسف 19 juin 2013 à 17 h 50 min - Reply

    اريد ان تعطين دول لجوا سياسي

  3. André Noël DAVID 19 juin 2013 à 22 h 10 min - Reply

    Depuis 23 ans le Tchad est pris en otage par le sommet par un vautour et à sa base par des loups, des hyènes et des chacals.

    Dans la haute administration Tchadienne, on y trouve depuis toutes ces années que des griots du MPS et de leurs éventails des partis satellites. Lors du dernier congrès du MPS, Idriss Deby président du MPS lui-même en s’adressant publiquement à la diaspora Tchadienne « Venez adhérer dans le MPS, vous allez trouver du travail ». Dans l’avenir, la tâche de la réorganisation de l’armée sera difficile, aujourd’hui dans l’armée dite Tchadienne est à 80% des officiers supérieurs illettrés appartenant la plupart au clan au pouvoir et à ses courtisans.

    Pour un vrai changement au Tchad, il faut d’abord assainir la fonction publique Tchadienne des maux qui entravent son bon fonctionnement c’est-à-dire qu’il faut trier les vrais fonctionnaires des faux fonctionnaires intégrés avec des faux diplômes. Le peuple Tchadien souhaite avec les changements qui pointent à l’horizon, demain pour qu’il ait une vraie justice au Tchad, il faut appliquer intégralement la devise de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

  4. Adam NGNORTY 22 juin 2013 à 12 h 25 min - Reply

    Le MACT est devenu un sujet de préoccupation majeure pour le dictateur Tchadien et des causeries animées d’espoir pour les populations Tchadiennes tout entières. Le peuple Tchadien prie le bon Dieu chaque jour pour qu’il lui envoie un libérateur.
    - Partout au Tchad, sur les marchés, aux cabarets et sur les lieux du travail, les gens sont connectés sur l’écho que va donner le MACT pour le changement tant attendu au Tchad.
    - Indexé par la France sur la mal gouvernance au Tchad, Idriss Deby semblerait chercher d’autres alliances avec d’autres puissances mondiales pour s’éterniser au pouvoir.

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